POLITIQUE
Mal gouvernance
LA MALGOUVERNANCE AU SENEGAL sous les WADE : exemple de la gestion de l'OCI
| LA MALGOUVERNANCE AU SENEGAL sous les WADE : exemple de la gestion de l'OCI |
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| 07-03-2008 | |||||||
Page 1 sur 5 ![]() Plus sure sera la chûte Pour Abdoul Aziz Tall, «une organisation doit reposer son fonctionnement sur un ensemble quasi universel de principes et d’actions devant la conduire à l’efficacité et à l’efficience». Pour lui, «l’efficience se mesure à l’économie dans l’utilisation rationnelle des ressources, alors que l’efficacité s’apprécie au degré de réalisation des objectifs . C’est le ratio de transformation des attentes en atteinte comme dirait Peter Druker». Evidemment, ajoute-t-il, «il faut préétablir les normes, les critères et les mesures pour prétendre mettre en place un système de contrôle fiable». L’importance de «l’institutionnalisation du contrôle» dérive du fait qu’elle «est la condition sine qua non de l’efficacité d’une organisation». Sous ce rapport, «il faut que le système de contrôle par la supervision soit incorporé dans la routine journalière des activités du Manager». A défaut, relève M. Tall, il y a au moins deux risques encourus : premièrement, «le délestage d’activités indispensables à la réalisation des objectifs» que le Manager s’est fixés et deuxièmement, «l’utilisation de moyens disproportionnés pour corriger les écarts tardivement observés du fait de l’absence d’un système de contrôle». Pour l’expert en Management, «c’est là où l’on identifie les sources d’inefficience d’un projet». Pour illustrer son propos, Abdoul Aziz Tall donne l’exemple d’un usager qui, ayant raté son bus, se voit obligé de se rabattre sur un taxi qui va lui coûter plus cher. Et bonjour les dégâts ou gâchis liés au dépassement dans le budget de transport ! DES FAITS ET DES CHIFFRES Si on prend en compte ces remarques d’ordre technique de l’expert en Management Abdoul Aziz Tall, et qu’on les confronte aux résultats jusque-là visibles des travaux de l’Anoci, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en matière d’efficience et d’efficacité, cette Agence n’a pas été un exemple de performance managériale. En effet, où est donc l’efficience dans les travaux de l’Anoci à Dakar, avec des infrastructures routières et d’aménagement qui ne dépassent pas 100 km et pour lesquelles un budget de 356 milliards a été consacré ? Or, pour résumer un des propos de l’expert Abdoul Aziz Tall, l’efficience se définit par rapport aux économies réalisées pour atteindre des objectifs bien visés au départ. Il n’est pas efficient, nous confie M. Tall, que l’on cherche à tuer une mouche avec un marteau-pilon, plutôt que de recourir à une bombe de pesticides. Car, dans le premier cas, on peut certes parvenir à tuer la mouche, mais à quel prix et avec quelle débauche d’énergie ? Or, manifestement, même si l’Anoci aura réalisé quelques travaux, l’efficience a fait largement défaut, s’il faut mettre 356 ou 134 milliards (concédons ce montant au secrétaire exécutif de l’Anoci, Abdoulaye Baldé, lors de son passage à l’émission Grand Jury de la Rfm), pour obtenir moins de 100 km de routes. Et si l’on inclut encore la construction d’hôtels de luxe promise, mais non réalisée à date échue, on n’est pas sorti de l’auberge d’un manque d’efficience. Mais, en plus d’un problème d’efficience, il s’est posé en même temps celui de l’efficacité défini comme «l’atteinte des résultats par rapport à des objectifs préalablement fixés». En guise de rappel, l’Anoci avait promis qu’au terme de ses travaux, Dakar sera dotée d’infrastructures routières, hôtelières. Cependant, force est de reconnaître qu’à moins d’une semaine du Sommet de l’Oci, des routes et ponts ne sont pas achevés et il n’y a point eu d’hôtels construits et livrés. Pire, l’absence d’efficience et d’efficacité dans le Management des travaux de l’Anoci s’est traduite dans la réalité objective par des solutions en guise de palliatifs ayant occasionné des surcoûts. Ainsi, parce qu’elle n’a pas atteint l’objectif de construire des hôtels, l’Agence a loué un bateau-hôtel à un coût exorbitant : 8 milliards de francs Cfa pour remplacer ce qui avait été initialement prévu. Donc, le cas de l’Anoci, sur ce point précis, ressemble fort à l’exemple donné par M. Tall, sur l’usager qui rate son bus et qui se voit contraint de prendre un taxi qu’il paie plus cher. ABSENCE D’UN MECANISME DE CONTROLE En management, précise l’ancien cadre au Bureau et Méthode créé par le défunt Président Senghor, «un processus de contrôle permanent», celui-là qui «ne signifie pas attendre la fin pour voir ce qui s’est passé, mais le suivi» participe de la réussite des objectifs fixés et à atteindre. C’est que les spécialistes en Management considèrent comme «une forme de supervision permanente». Ces énoncés de l’expert Abdoul Aziz Tall, rapportés à la démarche de l’Anoci, mettent en béance une faute en matière de Management. Si «le contrôle (ou) la supervision permanente» avait fonctionné convenablement, l’Anoci aurait pu percevoir, bien avant ses «aveux tardifs», qu’elle n’arrivera pas à réaliser des infrastructures hôtelières de luxe, comme elle l’avait initialement prévu au départ. Aucune organisation n’est à l’abri d’une faille dans ce mécanisme de contrôle. Mais, si un mécanisme de contrôle permanent, au quotidien, avait été de rigueur, dès les premières années de ses travaux fixés en fonction d’objectifs précis, l’Anoci aurait dû se rendre à l’évidence qu’elle ne pourra pas réaliser des hôtels pouvant abriter le sommet. Si la démarche en matière de «supervision permanente» avait obéi aux règles et principes du Management, les responsables de l’Anoci auraient pu, à temps, observer les écarts et pris ensuite des mesures correctives. On peut concéder que l’Agence drivée par Karim Wade et Abdoulaye Baldé a pris une mesure corrective, pour pallier l’absence de nouveaux hôtels de luxe, mais à l’arrivée, elle s’est traduite par une inefficience encore plus monstre : la location d’un bateau-hôtel à 8 milliards. A ce prix, le Sénégal aurait pu construire des hôtels qui enrichissent le patrimoine touristique national, en lieu et place d’un bateau-hôtel qui reprendra les routes éphémères de l’océan. En définitive, concernant l’Anoci, l’inefficacité, c’est qu’on n’a pas atteint les résultats ; l’inefficience, c’est que, non seulement on n’a pas atteint les résultats, mais on a pris une mesure corrective dont les coûts sont exorbitants par rapport à ce qui était initialement prévu. Les disciples de Senghor diront, pour tout résumé, qu’il a manqué, dans la manière de l’Anoci d’agir, l’Organisation et la Méthode. LA FRILOSITE FACE AU CONTROLE Il nous a paru particulièrement instructif de «picorer» dans la leçon de Management de Abdoul Aziz Tall, portant sur la nature et le rôle d’un système de contrôle pour Organisation, pour entrer un peu dans l’intelligence des raisons liées à l’inefficacité et l’inefficience dont l’Anoci semble avoir fait preuve. L’expert remet les pendules à l’heure sur cette question. En effet, M. Tall se désole de la frilosité des Sénégalais, surtout par méconnaissance, quand ils entendent parler de mission de contrôle. La plupart a tendance à voir seulement le côté négatif du contrôle. Dans l’imaginaire populaire sénégalais, le concept est associé au répressif. «Dès l’instant que l’on parle de contrôle, on trouve tout de suite l’aspect délictueux», souligne Abdoul Aziz Tall. D’ailleurs, relève-t-il, cette perception a déteint sur les organes de contrôle que l’opinion populaire a tendance à associer «à des organes de répression». Contrairement à cette conception répandue, «un système de contrôle constitue la chose qui peut le plus accompagner de la meilleure façon un Manager». Pourtant, semble dire M. Tall, il n’y a pas vraiment de quoi être frileux, en tant que Manager, face à un système de contrôle. Cette notion en Management, souligne-t-il, «obéit d’abord à une approche de conseil». Par exemple, la Cour des Comptes qui audite une entité précise, est avant tout à la recherche de ce qui marche pas avant de faire des observations, lesquelles ne signifient pas toujours que l’audité a commis des fautes de façon délibérée. Ces fautes peuvent aussi relever d’une méconnaissance ou d’une situation exceptionnelle pouvant conduire à prendre une décision en porte-à-faux avec la réglementation, explique Abdoul Aziz Tall. Au regard de ces remarques, il est permis de se demander si l’Anoci, pendant les quatre ans qu’elle prépare le sommet de l’Oci, s’était dotée d’un système de contrôle permanent et performant. Autrement, il est difficile de s’expliquer les deux reports du Sommet, l’inachèvement de certains ouvrages justifiés initialement par ce rendez-vous des pays membres de l’Oci à Dakar et la non-livraison des hôtels zappés «subitement» de l’agenda de l’Anoci. Et qui plus est, certains ouvrages de l’Anoci ont été corrigés, non pas toujours suite à un contrôle interne, mais à la faveur de critiques externes, comme la sortie du Syndicat national des architectes. On a dû casser à certains endroits sur la Corniche. Sans compter que l’on s’est rendu compte tardivement qu’on n’avait pas prévu les lampadaires. Si ces travaux n’ont pas engendré des surcoûts, ils ont tout au moins impacté sur les délais, sur le rythme de réalisation des ouvrages. En dehors de cette exigence du contrôle permanent qui semble avoir été absente dans sa démarche, l’Anoci a raté une autre occasion, peut-être, d’avoir en possession des éléments qu’elle aurait pu corriger : la requête de l’Assemblée nationale pour recevoir les responsables de l’Anoci devant la représentation nationale. Certes, on peut récuser la procédure, le «manque de culture de l’Etat et des textes», ayant consisté à ne pas demander l’autorisation du président de la République, mais, à moins d’être dans le préjugé populaire collé au contrôle, on aurait pu trouver d’autres formes et modalités de contrôler l’Anoci. Qui sait, si alors, elle n’aurait pas disposé d’informations précises pour prendre des mesures correctives qui intègrent le rôle du Manager. Pour conclure sur ce chapitre, à la suite de Abdoul Aziz Tall, dévalisons un grand Manager, Charles Kettling : «Ce n’est pas qu’ils ne peuvent voir la solution ; c’est qu’ils ne peuvent pas voir le problème.» Pour être plus prosaïque : on ne peut pas trouver une bonne solution, si le problème est mal posé.
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