DECLARATION OTD APRES PROCLAMATION DES RESULTATS PAR LE CC
- Détails
- Créé le mardi 13 mars 2007 13:47
- Affichages : 5117
Déclaration du candidat Ousmane Tanor Dieng après la proclamation des résultats par le Conseil constitutionnelMes Chers
Compatriotes,
Le 25 Février 2007, notre pays, le Sénégal, a organisé la neuvième élection présidentielle au suffrage universel direct de son histoire.
Le silence que jobserve depuis cette date, a été dicté par lexigence de laisser, sans y interférer, le processus électoral se dérouler tel que le prévoit le droit constitutionnel et électoral. En effet, la conception que jai de lEtat minterdit dajouter ma voix à une cacophonie postélectorale susceptible de perturber lharmonie et la respiration du jeu des institutions. Voilà ce qui ma fait attendre, le moment de la proclamation définitive des résultats par le Conseil Constitutionnel qui clôt le cycle électoral, pour me prononcer sur cet évènement majeur de lhistoire du Sénégal.
A cet égard, il convient de saluer ladhésion sans équivoque de notre peuple aux idéaux qui fondent la démocratie et aux valeurs qui la portent.
En effet, aussi bien pendant la campagne électorale que le jour du scrutin, la mobilisation des Sénégalaises et des Sénégalais, qui croyaient à un scrutin transparent et sincère, a été exceptionnelle. Il y a lieu, ici et avant tout, de saluer latmosphère de paix dans laquelle sest tenue cette élection, le courage et la dignité des autres candidats, ainsi que la mobilisation de lensemble de nos concitoyens, de quelque bord politique quils se situent, qui se sont massivement rendus aux urnes, pour exprimer leur choix.
Il me faut surtout, ici et maintenant, remercier très chaleureusement toutes celles et tous ceux qui, au-delà des frontières du Parti socialiste, dans les villes comme dans le monde rural, à lintérieur comme à lextérieur du Sénégal, mont fait confiance, en portant leur choix sur ma personne.
Jai à cur, en mon nom personnel comme en celui du Parti socialiste, de leur exprimer ma vive gratitude. Cette gratitude va également aux partis et leaders qui ont soutenu ma candidature, je veux nommer Souleymane Ndiaye Brin, Cheikh Sarr et Haïdar El Aly.
Je mesure pleinement, avec gravité et humilité, la responsabilité qui mincombe encore davantage pour conduire les futurs combats, quensemble nous aurons à mener.
Car, au-delà de nos légitimes interrogations sur la sincérité du vote, de nos frustrations nées dun sentiment dune grande injustice commise à nos dépens, des manuvres internes de déstabilisation et de fragilisation de notre formation politique, ce rendez-vous électoral a été le révélateur pertinent dun Parti socialiste solide, efficace, régénéré, plus vivant et plus combatif que jamais.
Un Parti socialiste engagé dans un processus de modernisation et de reconstruction salutaire.
Un Parti socialiste adossé à la riche mémoire de son passé, mais surtout, ouvert aux forces de lavenir, celles des femmes et des jeunes en particulier.
Incontestablement, nous sommes dans une dynamique ordonnée de reconquête du pouvoir après avoir retrouvé confiance en nos potentialités.
Pour le Parti socialiste, le 25 Février 2007 est le repère dun nouvel élan renforçant dans notre volonté inébranlable de promouvoir une République Nouvelle qui place la vertu au cur de laction publique et politique :
- une république qui réhabilite les notions de dignité, de justice, déquité et de solidarité
- une république qui refuse la soumission de la politique à largent roi
- une république qui tourne le dos à la tentation permanente du césarisme au détriment de lapprofondissement de la démocratie et des libertés
- une république qui enfin, rompt avec un présidentialisme étouffant et tentaculaire et qui fait table rase de ses impunités et de ses privilèges indus
Ma conviction est faite que nous ne devons nourrir aucune illusion sur la durée de vie de toutes ces anti-valeurs qui semblent avoir infesté de larges secteurs de notre tissu social national.
Cest lensemble de ces symptômes, de ces signes cliniques qui, depuis 7 ans, constituent ce que jappelle le « système Wade ».
Voilà qui justifie et éclaire dun nouveau jour le sens de mon combat. Ce combat, je ne le mène pas pour moi-même ; je veux en être le digne continuateur, pour lhéritage que jai reçu de mes illustres prédécesseurs Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, et pour le devoir que jai de léguer, aux générations futures, un Parti socialiste debout et encore plus offensif.
Cest pourquoi, je me sens encore plus engagé à le poursuivre avec courage, détermination et persévérance.
Dans lhistoire politique récente de notre pays, le précédent de lélection présidentielle de Mars 2000, réputée pour sa transparence et saluée à travers le monde entier, avait fait croire que la démocratie sénégalaise avait accompli un pas irréversible dans la maturation démocratique en général, et la parfaite organisation des élections en particulier.
En effet, le dénouement démocratique de la compétition présidentielle de 2000, en deux tours de scrutin et dans des conditions de régularité et de transparence reconnues aussi bien par toutes les parties prenantes que par lopinion publique internationale, avait suscité lespoir que lorganisation dune élection dans notre pays, serait désormais totalement exempte de reproche, a fortiori de suspicion.
Or, sept ans après, force est de constater que la conduite du processus électoral par lEtat et le comportement partisan du gouvernement en place ont brisé cet espoir et reposé lélection comme une équation que la démocratie sénégalaise doit absolument résoudre, si elle ambitionne dêtre digne, viable et crédible.
Cest à la lumière de ces considérations que je voudrais, prenant lopinion à témoin, prendre position, et faire quelques commentaires sur les résultats de lélection présidentielle du 25 Février tels que proclamés par le Conseil constitutionnel, avant de tirer quelques enseignements.
Ces résultats, vous le savez, donnent Abdoulaye WADE vainqueur au premier tour avec 55,90% des suffrages exprimés.
Je ne saurai malheureusement, comme Abdou DIOUF lavait fait, féliciter le candidat proclamé vainqueur et cela, pour plusieurs raisons, ayant toutes trait aux conditions déplorables dans lesquelles sest tenue lélection du 25 Février.
En effet, en Mars 2000, le Président sortant avait reconnu sa défaite et appelé son adversaire du second tour pour le féliciter de sa victoire.
Lhistoire du progrès démocratique aurait voulu que cet acte magnifique fût réédité aujourdhui.
Malheureusement, les circonstances du déroulement du scrutin du 25 Février minterdisent, en mon âme et conscience, dadresser des félicitations à celui qui est proclamé élu, dès le premier tour comme cela ne se pratique plus, du reste, dans aucune démocratie majeure.
Ce refus de sacrifier à ce qui aurait dû désormais être une tradition établie dans notre système politique, nest pas motivé par un manque de fair-play, loin sen faut, mais simplement par honnêteté intellectuelle vis-à-vis de moi-même et surtout, par respect pour ces sénégalaises et sénégalais nombreux témoins des impairs, bizarreries, dysfonctionnements et autres incongruités qui ont émaillé le déroulement du scrutin.
A dire vrai, la manière dont sest tenue lélection présidentielle, ne mautorise pas à accepter la victoire de mon adversaire, et à plus forte raison la défaite de mon camp.
En effet, en mon âme et conscience, mon camp na pas perdu car, si le 25 Février 2007 na pas encore livré tous ses secrets, tout laisse cependant indiquer que nous avons assisté à un leurre électoral. Heureusement, les langues commencent à se délier et des indices concordants nous parviennent déjà de la part de nombreux compatriotes.
Pour notre part, nous mettons tout en uvre pour percer le mystère de ce que nous considérons comme une mascarade. Nous sommes en train de rassembler minutieusement les éléments qui prouveront à loisir que la volonté du corps électoral a été dévoyée ; cette préoccupation doit être aussi celle de tout patriote et de tout démocrate soucieux de lavenir de la démocratie sénégalaise.
Vous le savez, les résultats publiés sont tout simplement invraisemblables pour être en contradiction flagrante avec létat moral du pays profondément affecté par une mal gouvernance sans précédent et totalement à rebours de la volonté proclamée du peuple sénégalais de fermer la parenthèse dun régime intolérant, destructeur et dangereux. Pour tous, un deuxième tour était inévitable. On devrait dailleurs sétonner de ce malaise immense et lourd qui a traversé le pays, de part en part, à la proclamation des résultats provisoires. Le Président Wade, pourra-t-il saccommoder dune légitimité irrémédiablement entachée ? Pour la première fois depuis lIndépendance, les résultats sortis des urnes ne combinent pas légalité et légitimité.
Cest en cela que ces résultats sont gênants pour notre démocratie, encombrants pour le vainqueur et surtout honteux pour ceux qui les ont fabriqués.
Si pour le commun des Sénégalais une grosse énigme entoure encore ce vote paradoxal, pour nous autres, acteurs du champ politique, il sest manifestement agi dune stratégie de manipulation à grande échelle, mûrement réfléchie, longtemps programmée et « proprement » exécutée. Les éléments qui en attestent sont fort nombreux.
Je me contenterai den énumérer les plus manifestes :
-
instrumentalisation de la Constitution et du code électoral à des fins de conservation du pouvoir (suppression du quart bloquant) ;
-
modification unilatérale, à quelques jours des élections, des règles régissant le processus électoral, en violation dun engagement international du Sénégal (protocole de la CEDEAO) ;
-
violation du principe de légalité des citoyens devant la Loi à loccasion de linscription sur les listes électorales ;
-
conduite non consensuelle, contrairement à une tradition qui sétait établie, du processus électoral par le Ministère de lIntérieur ;
-
fichier électoral trafiqué et donc controversé sur lequel lopposition a attiré lattention de lopinion quant à sa non fiabilité ;
-
rétention volontaire dune part considérable de cartes délecteurs, empêchant ainsi à des milliers de sénégalais, à lintérieur comme à létranger, dexercer leurs droits de citoyenneté en violation de larticle R.39 du Code Electoral;
-
opacité et manque de sécurisation optimale du vote militaire ;
-
lacunes et dysfonctionnements notoires dans lorganisation du vote prolongé dans certains cas jusquà une heure non conforme au droit électoral ;
-
corruption délecteurs, achat de consciences et de loyautés politiques constatable par tous à la veille de lélection et pire, pendant la campagne électorale (cas de Joal Bakel et Kébémer)
-
multiplication et sophistication des modalités de corruption électorale ;
-
suspicion de votes multiples avec des mouvements remarquables de plusieurs personnes à travers différents lieux de vote du territoire national ;
-
absence didentification de lélecteur et dauthentification de son vote liée notamment au caractère non indélébile de lencre constaté au niveau de plusieurs lieux de vote du pays ;
-
annonce précipitée des résultats à travers une conférence de presse par léquipe au pouvoir alors que des électeurs étaient toujours en train de voter et que les Commissions départementales de Recensement des Votes navaient même pas encore commencé à se réunir ; il sagit à lévidence dune initiative malheureuse ayant induit en erreur les Chefs dEtat et de gouvernement de pays amis du Sénégal qui ont commis la maladresse diplomatique dadresser des félicitations à un candidat non encore déclaré élu par linstance habilité à cet effet, le Conseil Constitutionnel.
-
violation des règles édictant le dépouillement des votes et leur recensement par la Commission Nationale de recensement des votes ;
-
nullité absolue des votes de nombreux Sénégalais de lExtérieur (Italie Ghana et Bénin) ;
-
comportements délictueux de Hautes Autorités de lEtat le jour du vote
Autour de AAR Sénégal, nous avons entrepris un long travail dinvestigation. Ce travail sera poursuivi et approfondi. Je voudrais surtout, à la lumière des éléments que jai indiqués ci avant, dire quil urge, pour nous, de prendre conscience des lacunes de notre système électoral et de nous orienter vers des solutions qui, à lavenir, mettront définitivement notre Démocratie à labri de tripatouillages périlleux pour notre pays, sa République et sa stabilité.
Il nous faudra alors, dès maintenant et avant la tenue des élections législatives et locales, renforcer les conquêtes de la citoyenneté et de la démocratie en franchissant, après les étapes de lONEL et de la CENA, celle de linstauration dun organe totalement indépendant, crédible et neutre vis à vis de lEtat.
Cet organe aura la charge de la conduite du processus électoral en lieu et place du Ministère de lIntérieur, dont la partialité a été incontestablement manifeste tout au long de lélection.
Cet organe pourrait être dénommé Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
Il devrait avoir une composition et des attributions discutées après concertation entre tous les acteurs du jeu politique.
Au demeurant, il reste entendu que cet organe, qui héritera des prérogatives du Ministère de lIntérieur, devra être totalement autonome et responsabilisé dans le cycle de lorganisation de lélection, de linscription sur les listes électorales, jusquà la proclamation provisoire des résultats.
Ses membres devront bien évidemment être au- dessus de tout soupçon au regard des nombreuses controverses ayant suivi la désignation de ceux actuels de la CENA et surtout des insuffisances de cette structure telles quelles ont été révélées par lélection présidentielle du 25 Février passé.
Linstauration de cette CENI nous paraît indispensable pour la consolidation et lamélioration tant du système électoral que de la démocratie dans notre pays.
Entre autres priorités, la CENI aura la charge dédifier un nouveau fichier électoral, fiable et sécurisé.
En effet, tout le monde saccorde à dire que notre fichier électoral est le lit de la fraude.
Pourtant, il sagit dun document national authentique dont la fiabilité ne devrait souffrir lombre dun doute.
Or, notre fichier suscite des interrogations sans réponse et recèle dinnombrables irrégularités.
Les premières interrogations tiennent à la qualité de lélecteur, à lunicité du vote et au nombre de cartes produites.
Sur la qualité de lélecteur, il conviendrait de savoir qui au Sénégal peut sinscrire sur nos listes ?
De par la Loi, cest tout Sénégalais de 18 ans révolus, jouissant de ses droits civiques.
Or, lon a permis à nombre de personnes de sinscrire à partir dun simple extrait de naissance (environ 1.000.000 selon la DAF).
Ce seul acte permet-il de garantir à la fois la nationalité et les droits de celui qui sinscrit ? Assurément non !
Ainsi, nombre détrangers, simplement parce quils sont nés au Sénégal et donc titulaires de lextrait de naissance ont pu sinscrire sans quils y aient droit au sens de la Loi.
En outre, la possibilité offerte de pouvoir sinscrire avec diverses pièces administratives et à partir de plusieurs endroits, a généré des inscriptions multiples tel que cela avait été dénoncé et révélé à la CENA, preuves à lappui.
Tout ceci pose le problème de la nécessaire confrontation du fichier électoral avec celui de létat civil car, seul ce procédé pourra assurer un fichier sûr et représentatif des nationaux en âge et en capacité de voter.
Lautre interrogation majeure tient au nombre dinscrits sur les listes électorales.
Lon sait, quen violation de la Loi, le Ministère de lIntérieur na pas publié la liste des électeurs inscrits par bureaux de vote.
Le nombre de cartes confectionnées relève également du mystère.
Combien de cartes ont été réellement confectionnées ? Combien ont effectivement servi au vote du 25 Février ? Comment ont-elles servi ou, sen est-on servi ?
Cest là une des plus grandes inquiétudes autour des possibilités de votes multiples car, personne ne sy trompe maintenant, aucune biométrie na fonctionné pour empêcher cette fraude et garantir lunicité du vote.
La biométrie a-t-elle dailleurs réellement existé dans ce fichier ? Il est à présent établi que non.
Alors, à quoi bon avoir investi 24 Milliards de nos francs pour un fichier imparfait, artisanal et archaïque?
Cest pourquoi, au delà de lexigence dun audit financier de ce prétendu investissement, lopposition et lensemble des forces vives du pays sont en droit dexiger les conditions pré requises et à minima pour un scrutin sincère et transparent avant daller aux élections législatives et locales.
Il sagit entre autres, de la mise en place de la CENI et dun nouveau fichier authentiquement national et crédible.
Jinvite les partis politiques, la société civile et les patriotes sincères à engager ce combat qui nous concerne tous.
Je termine en lançant un appel à nos militants, sympathisants et à tous ceux qui avaient fondé un espoir sur ma candidature, à rester vigilants, mobilisés en vue des combats proches et lointains pour la sauvegarde de la démocratie et la promotion du développement économique et social de notre pays.
Le 25 Février 2007 est à marquer dans lhistoire politique et électorale du Sénégal comme un jour sombre pour notre modèle démocratique. Mais, ce jour nest pas lhorizon indépassable de notre action.
Il ny a donc pas lieu de se laisser aller ni au désenchantement, ni à la résignation. Le socialisme dont nous nous réclamons est un combat davenir, porteur dun véritable modèle alternatif.
Il est de la responsabilité historique de toute la gauche sénégalaise, dégale dignité, dans la diversité de ses sensibilités, et qui tait ses rancoeurs au profit du seul destin de notre pays, de se retrouver devant limpératif dune nécessaire unité daction ouverte sur le choix lucide de fortes alliances que dicte lacuité des enjeux nationaux. Cette exigence historique dunité daction simpose tout autant à tous ceux qui se réclament de lopposition patriotique regroupée dans les partis politiques et dans la société civile.
Le Parti socialiste, pour ce qui le concerne, est disponible pour la concrétisation de cet objectif. Il est surtout prêt à assumer sa part dans la mise en oeuvre dun projet politique de salut public, de sauvetage et de sauvegarde des intérêts supérieurs de notre peuple.
Je vous remercie. /.
Ousmane Tanor Dieng





