LEGISLATIVES/ MAJORITE ET OPPOSITION Tous piégés ?
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- Créé le vendredi 11 mai 2007 17:27
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Wade naura finalement quun simulacre dadversité aux prochaines législatives en labsence de la frange la plus représentative de lopposition. Celle-ci court, cependant, le risque de sisoler de la scène parlementaire durant les cinq prochaines années. En plus de devoir obtenir un fort taux de participation, Wade fera, lui, main basse sur une institution qui a fini de perdre de sa crédibilité. Qui a finalement piégé qui ?
On savait déjà rompu, depuis de longue date, le dialogue entre la majorité et lopposition. Mais, lopinion était loin de se douter dun black-out des législatives orchestré par les leaders les plus représentatifs de lopposition. La démocratie sénégalaise en est pourtant à ce stade, trois mois seulement après lélection présidentielle.
Comment donc en est on arrivé à cette situation qui traduit une rupture de dialogue définitive entre les différentes composantes de la classe politique. Si lespoir était toujours permis de retrouvailles ou tout au moins de négociations entre la majorité et lopposition, les sorties respectives en Français et en Wolof, à la télévision nationale du chef, de lEtat juste après sa victoire ont contribué à tout remettre en cause. Alors que lopposition ne sétait pas encore remise du débâcle du 25 février, le président a ajouté à laffront en remettant sur le plancher des détournements dont les leaders de « Rewmi », de lAFP et du PS auraient été les auteurs. Les dossiers des passeports diplomatiques, des licences de pêche et même dacquisition de maison par Moustapha Niasse ont été au centre de la première sortie du président nouvellement élu. Peu après, en France, où il sétait rendu pour fêter sa victoire, il les taxera de «tocards ». Labsence de lopposition à la prestation de serment du 3 avril de Wade était dès lors prévisible. A défaut dêtre légitimé par la classe politique sénégalaise, le président Wade a obtenu du crédit de ses pairs africains, de la communauté internationale mais aussi de ses citoyens présents en masse au stade Léopold Sédar Senghor. Il y avait quand même un goût dinachevé dans cette intronisation, malgré les 55 % obtenus dès le premier tour de la présidentielle. Les hommages volontairement rendus aux leaders alliés de la cap 21, en des moments aussi solennels, étaient une manière de nous rappeler cela. Labsence de lopposition pesait bien à Wade. Le discours très conciliant prononcé ce même jour, et les jours qui suivront, dénotent de la volonté de Wade de rectifier le tir. Il semble bien prêt à renouer le dialogue avec lopposition. Mais, faudrait-il, quauparavant, celle-ci reconnaisse sa victoire, a-t-il laissé entendre aux membres de la société civile qui travaillent à apaiser le climat politique. De son côté, lopposition ne paraît pas tout à fait fermée à des possibilités de rencontre. Le préalable serait le report des législatives dont la date limite de dépôt des candidatures est épuisée le vendredi dernier. Le temps de se pencher sur laudit du fichier, principal point dachoppement entre les différents acteurs de la classe politique.
En effet, la refonte totale du fichier électoral est constamment agitée par lopposition comme étant au centre de sa brouille avec le président Wade. Elle a été un contentieux pré électoral avant de devenir cette grave crise lourde de conséquences sur le jeu politique et sur la démocratie sénégalaise. Tout remonte à la décision du président Wade de procéder à une refonte totale du fichier pour trancher le débat qui avait opposé lopposition et la majorité. La première prônait un retour au noyau dur davant 2000 sur la base duquel sest tenue la présidentielle de la même année, tandis que le PDS voulait quon parte du fichier de 2001 pour opérer une refonte partielle du fichier. Aujourdhui, lopposition tente de trouver les explications de sa déroute du 25 février dans la refonte totale du fichier qui a donné naissance aux cartes didentité et électorales numérisées.
A qui profite le boycott ?
Mais que cherche véritablement lopposition à boycotter les législatives ? Leffet escompté sera-t-il à la dimension de limpact que pouvait lui procurer une présence active dans la campagne électorale et le scrutin du 3 juin prochain ? En dautres termes, Wade est-il piégé par le refus de lopposition de participer aux prochaines législatives ? Tout porte à croire que la démocratie sénégalaise prend un sacré coup avec cette décision de boycott de lopposition. Il est, en effet, surprenant quun pays, réputé pour son sens du dialogue et qui a réussi, sept années auparavant, une alternance politique saluée par tous, en arrive à ce stade de non retour. Le président Wade devra bien réussir à convaincre quil peut faire fonctionner sa démocratie sans une représentation parlementaire crédible. Déjà que lAssemblée nationale a perdu de sa légitimité au cours de cette dernière législature. Les prolongations infinies du mandat des députés ainsi que ladoption de projets de loi dont la loi Ezzan amnistiant les assassins, reconnus par la justice, du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Sèye, ont entaché le fonctionnement du pouvoir législatif. Comment, dès lors, rehausser cette institution en labsence dune opposition crédible. Puisque la présence des treize listes, en dehors de celle de la coalition sopi 2007, lors des prochaines législatives nest que de la poudre jetée aux yeux de lopinion pour masquer le ridicule : Wade et sa coalition se présenteront aux élections sans adversaires. La plupart des têtes de liste durant ces législatives ont été en accointance avec le secrétaire général national du PDS et président de la République. Il a financé la campagne électorale de certains dentre eux qui sétaient présentés à lélection présidentielle. Dautres, comme Modou Diagne Fada leader de la liste « Waar Wi », ont soutenu le candidat Wade en février dernier et bénéficié de ses largesses pour bien mener leur campagne. Fada est aujourdhui diminué pour avoir perdu lun de ses plus grands alliés dans son département dorigine, le maire de Kébémer, Aly Kébé. Si Wade et son parti nhésitent pas à mener la guerre même à ceux qui continuent à se réclamer du PDS, il ne peut quen être ainsi dans leurs rapports avec lopposition radicale. Les faucons restent bien vivants dans la formation libérale et torpillent toute tentative de réconciliation. Le Pr Iba Der Thiam, coordonnateur de la Cap 21 sest récemment opposé aux initiatives de la société civile tendant à réconcilier lopposition à la majorité. Et Wade semble bien décidé à les suivre.
Labsence de lopposition aux législatives nouvre pas, pour autant, à Wade tout un boulevard. La coalition sopi 2007 devra faire face à elle-même. Elle aura, en effet, un obstacle majeur à surmonter qui se trouve être le taux de participation des électeurs. Il avoisinait 70 % à la présidentielle, mais sera certainement plus faible en juin prochain. Dabord parce que le coefficient de sympathie du candidat Wade nest pas forcément celui de la Coalition sopi. Et pour cause ! La présidentielle étant de loin plus mobilisatrice que les législatives, les «sopistes » devront convaincre les électeurs de se rendre massivement aux urnes. Surtout que ceux-ci percevront difficilement lenjeu que représente un scrutin sans adversaires à la dimension du PDS. Dautre part, les investitures ayant toujours posé problèmes au PDS et à ses alliés, labstention nest pas à écarter de la part des militants dont les responsables ont été laissés en rade. Lopposition nen sera que plus ravie, pour avoir prôné un boycott actif des législatives. Elle devra, cependant, prendre garde de ne pas être isolé de la scène politique. En effet, lAssemblée restait jusque-là, la seule tribune officielle où les adversaires de Wade pouvaient se faire entendre. Les débats sur la loi des finances, sur les projets et propositions de loi, souvent repris par les medias dEtat, notamment par la télévision nationale, sont toujours des occasions pour lopposition dexposer ses points de vue et surtout dépingler la gestion du pouvoir. La minorité parlementaire na jamais réussi à stopper les initiatives de la majorité mécanique du parti au pouvoir, mais parvenait tout de même à amplifier les agissements de leurs collègues. Ce fut le cas à loccasion des débats sur la loi Ezzan, linstitution dune commission denquête parlementaire relative au chantier de Thiès, laugmentation du nombre des députés de 120 à 150
Il y a également que les quelques strapontins remportés par lopposition lui procurent des moyens supplémentaires pour lentretien de sa base politique. Aussi, limpression de devoir compter sur des responsables sans sources de revenus consistantes nest-elle pas enchanteresse pour les militants de lopposition. Avec la place prépondérante occupée par largent dans le jeu démocratique sénégalais, cest un argument non négligeable de transhumance vers les prairies bleues du PDS.
Mais lopposition sait pertinemment que lopinion des Sénégalais na pas sensiblement varié depuis la présidentielle. Ce qui signifie quelle devra encore se contenter de miettes à lissue des prochaines législatives dont le mode de scrutin lui est de loin défavorable. La loi du « plus fort reste » ou le « Raw Gadou » pour ce qui est des listes départementales (90 siéges à pourvoir), donne un large avantage à la majorité.
Tout compte fait, le contribuable sénégalais a tout à perdre des milliards de francs investis chaque année dans une institution qui est encore loin de jouer le rôle quon attend delle. Ils seront cette année au nombre de 150 élus du peuple à défendre les intérêts de leur formation politique. Avec un semblant dopposition parlementaire.
Momar Dione (Nouvel Horizon)





