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Le Temps de la République

LEGISLATIVES/ MAJORITE ET OPPOSITION Tous piégés ?

opposion_senegalaise.jpgWade n’aura finalement qu’un simulacre d’adversité aux prochaines législatives en l’absence de la frange la plus représentative de l’opposition. Celle-ci court, cependant, le risque de s’isoler de la scène parlementaire durant les cinq prochaines années. En plus de devoir obtenir un fort taux de participation, Wade fera, lui, main basse sur une institution qui a fini de perdre de sa crédibilité. Qui a finalement piégé qui ?

On savait déjà rompu, depuis de longue date, le dialogue entre la majorité et l’opposition. Mais, l’opinion était loin de se douter d’un black-out des législatives orchestré par les leaders les plus représentatifs de l’opposition. La démocratie sénégalaise en est pourtant à ce stade, trois mois seulement après l’élection présidentielle.

On s’achemine vers un scrutin législatif en l’absence des partis et coalitions qui, réunis, avaient engrangé 1 254 135 voix sur les 3 424 926 suffrages valablement exprimés. Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse soutenu par Amath Dansokho et Abdoulaye Bathily avaient totalisé, au terme de la Présidentielle du 25 février, 36,62 % de l’électorat. Un score qu’ils avaient énergiquement contesté jusqu’à refuser de reconnaître la victoire du président sortant. Ils sont aujourd’hui, en phase de « réussir » une prouesse jamais réalisée dans l’histoire politique du Sénégal indépendant : boycotter des élections législatives. Malgré les nombreuses péripéties qui ont émaillé l’évolution politique du Sénégal, on n’en est jamais arrivé à ce stade. Dans un premier temps, le monopartisme de fait et la limitation des partis politiques à trois courants de pensée préconisés par le président Senghor, obligeaient l’opposition à mener un combat de reconnaissance de leurs instances plutôt que de boycotter des scrutins. L’ère Diouf, marquant l’avènement du multipartisme, avait suscité l’espoir de voir l’alternance se réaliser. L’opposition était donc plus préoccupée par sa représentativité au niveau des masses que par une décision de boycott. L’unique initiative de l’opposition allant dans le sens de tourner le dos à un scrutin concerne les élections locales de décembre 1989.  Un boycott ne s’est jamais produit depuis.

Comment donc en est on arrivé à cette situation qui traduit une rupture de dialogue définitive entre les différentes composantes de la classe politique. Si l’espoir était toujours permis de retrouvailles ou tout au moins de négociations entre la majorité et l’opposition, les sorties respectives en Français et en Wolof, à la télévision nationale du chef, de l’Etat juste après sa victoire ont contribué à tout remettre en cause. Alors que l’opposition ne  s’était pas encore remise du débâcle du 25 février, le président a ajouté à l’affront en remettant sur le plancher des détournements dont les leaders de « Rewmi », de l’AFP et du PS auraient été les auteurs. Les dossiers des passeports diplomatiques, des licences de pêche et même d’acquisition de maison par Moustapha Niasse ont été au centre de la première sortie du président nouvellement élu. Peu après, en France, où il s’était rendu pour fêter sa victoire, il les taxera de «tocards ». L’absence de l’opposition à la prestation de serment du 3 avril de Wade était dès lors prévisible. A défaut d’être légitimé par la classe politique sénégalaise, le président Wade a obtenu du crédit de ses pairs africains, de la communauté internationale mais aussi de ses citoyens présents en masse au stade Léopold Sédar Senghor. Il y avait quand  même un goût d’inachevé dans cette intronisation, malgré les 55 % obtenus dès le premier tour de la présidentielle. Les hommages volontairement rendus aux leaders alliés de la cap 21, en des moments aussi solennels, étaient une manière de  nous rappeler cela. L’absence de l’opposition pesait bien à Wade. Le discours très conciliant prononcé ce même jour, et les jours qui suivront, dénotent de la volonté de Wade de rectifier  le tir. Il semble bien prêt à renouer le dialogue avec l’opposition. Mais, faudrait-il, qu’auparavant, celle-ci reconnaisse sa victoire, a-t-il laissé entendre aux membres de la société civile qui travaillent à apaiser le climat politique. De son côté, l’opposition ne paraît pas tout à fait fermée à des possibilités de rencontre. Le préalable serait le report des législatives dont la date limite de dépôt des candidatures est épuisée le vendredi dernier. Le temps de se pencher sur l’audit du fichier, principal point d’achoppement entre les différents acteurs de la classe politique.


En effet, la refonte totale du fichier électoral est constamment agitée par l’opposition comme étant au centre de sa brouille avec le président Wade. Elle a été un contentieux pré électoral avant de devenir cette grave crise lourde de conséquences sur le jeu politique et sur la démocratie sénégalaise. Tout remonte à la décision du président Wade de procéder à une refonte totale du fichier pour trancher le débat qui avait opposé l’opposition et la majorité. La première prônait un retour au noyau dur d’avant 2000 sur la base duquel s’est tenue la présidentielle de la même année, tandis que le PDS voulait qu’on parte du fichier de 2001 pour opérer une refonte partielle du fichier. Aujourd’hui, l’opposition tente de trouver les explications de sa déroute du 25 février dans la refonte totale du fichier qui a donné naissance aux cartes d’identité et électorales numérisées.

 

A qui profite le boycott ?


Mais que cherche véritablement l’opposition à boycotter les législatives ? L’effet escompté sera-t-il à la dimension de l’impact que pouvait lui procurer une présence active dans la campagne électorale et le scrutin du 3 juin prochain ? En d’autres termes, Wade est-il piégé par le refus de l’opposition de participer aux prochaines législatives ? Tout porte à croire que la démocratie sénégalaise prend un sacré coup avec cette décision de boycott de l’opposition. Il est, en effet, surprenant qu’un pays, réputé pour son sens du dialogue et qui a réussi, sept années auparavant, une alternance politique saluée par tous, en arrive à ce stade de non retour. Le président Wade devra bien réussir à convaincre qu’il peut faire fonctionner sa démocratie sans une représentation parlementaire crédible. Déjà que l’Assemblée nationale a perdu de sa légitimité au cours de cette dernière législature. Les prolongations infinies du mandat des députés ainsi que l’adoption de projets de loi dont la loi Ezzan amnistiant les assassins, reconnus par la justice, du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Sèye, ont entaché le fonctionnement du pouvoir législatif. Comment, dès lors, rehausser cette institution en l’absence d’une opposition crédible. Puisque la présence des treize listes, en dehors de celle de la coalition sopi 2007, lors des prochaines législatives n’est que de la poudre jetée aux yeux de l’opinion pour masquer le ridicule : Wade et sa coalition se présenteront aux élections sans adversaires. La plupart des têtes de liste durant ces législatives ont été en accointance avec le secrétaire général national du PDS et président de la République. Il a financé la campagne électorale de certains d’entre eux qui s’étaient présentés à l’élection présidentielle. D’autres, comme Modou Diagne Fada leader de la liste « Waar Wi », ont soutenu le candidat Wade en février dernier et bénéficié de ses largesses pour bien mener leur campagne. Fada est aujourd’hui diminué pour avoir perdu l’un de ses plus grands alliés dans son département d’origine, le maire de Kébémer, Aly Kébé. Si Wade et son parti n’hésitent pas à mener la guerre même à ceux qui continuent à se réclamer du PDS, il ne peut qu’en être ainsi dans leurs rapports avec l’opposition radicale. Les faucons restent bien vivants dans la formation libérale et torpillent toute tentative de réconciliation. Le Pr Iba Der Thiam, coordonnateur de la Cap 21 s’est récemment opposé aux initiatives de la société civile tendant à réconcilier l’opposition à la majorité. Et Wade semble bien décidé à les suivre.


L’absence de l’opposition aux législatives n’ouvre pas, pour autant, à Wade tout un boulevard. La coalition sopi 2007 devra faire face à elle-même. Elle aura, en effet, un obstacle majeur à surmonter qui se trouve être le taux de participation des électeurs. Il avoisinait 70 % à la présidentielle, mais sera certainement plus faible en juin prochain. D’abord parce que le coefficient de sympathie du candidat Wade n’est pas forcément celui de la Coalition sopi. Et pour cause ! La présidentielle étant de loin plus mobilisatrice que les législatives, les «sopistes » devront convaincre les électeurs de se rendre massivement aux urnes. Surtout que ceux-ci percevront difficilement l’enjeu que représente un scrutin sans adversaires à la dimension du PDS.  D’autre part, les investitures ayant toujours posé problèmes au PDS et à ses alliés, l’abstention n’est pas à écarter de la part des militants dont les responsables ont été laissés en rade. L’opposition n’en sera que plus ravie, pour avoir prôné un boycott actif des législatives. Elle devra, cependant, prendre garde de ne pas être isolé de la scène politique. En effet, l’Assemblée restait jusque-là, la seule tribune officielle où les adversaires de Wade pouvaient se faire entendre. Les débats sur la loi des finances, sur les projets et propositions de loi, souvent repris par les medias d’Etat, notamment par la télévision nationale, sont toujours des occasions pour l’opposition d’exposer ses points de vue et surtout d’épingler la gestion du pouvoir. La minorité parlementaire n’a jamais réussi à stopper les initiatives de la majorité mécanique du parti au pouvoir, mais parvenait tout de même à amplifier les agissements de leurs collègues. Ce fut le cas à l’occasion des débats sur la loi Ezzan, l’institution d’une commission d’enquête parlementaire relative au chantier de Thiès, l’augmentation du nombre des députés de 120 à 150…


Il y a également que les quelques strapontins remportés par l’opposition lui procurent des moyens supplémentaires pour l’entretien de sa base politique. Aussi, l’impression de devoir compter sur des responsables sans sources de revenus consistantes n’est-elle pas enchanteresse pour les militants de l’opposition. Avec la place prépondérante occupée par l’argent dans le jeu démocratique sénégalais, c’est un argument non négligeable de transhumance vers les prairies bleues du PDS.

Mais l’opposition sait pertinemment que l’opinion des Sénégalais n’a pas sensiblement varié depuis la présidentielle. Ce qui signifie qu’elle devra encore se contenter de miettes à l’issue des prochaines législatives dont le mode de scrutin lui est de loin défavorable. La loi du « plus fort reste » ou le « Raw Gadou » pour ce qui est des listes départementales (90 siéges à pourvoir), donne un large avantage à la majorité.


Tout compte fait, le contribuable sénégalais a tout à perdre des milliards de francs investis chaque année dans une institution qui est encore loin de jouer le rôle qu’on attend d’elle. Ils seront cette année au nombre de 150 élus du peuple à défendre les intérêts de leur formation politique. Avec un semblant d’opposition parlementaire.

Momar Dione (Nouvel Horizon)

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