ABDOULAYE BATHILY, SECRETAIRE GENERAL DE LA LD «Une succession réglée apportera le chaos»
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- Créé le lundi 19 janvier 2009 13:53
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La presse a fait état de division au sein de la coalition « Benno Siggil Sénégal ». Quen est-il exactement ?
Je voudrais préciser que dans lécrasante majorité des cas sur toute létendue du territoire, il y a eu des accords. Qui ont été scellés par les partis politiques de « Benno Siggil Sénégal ». Cela est à saluer. Parce que ce nest pas évident de voir plus dune trentaine de partis politiques, arriver à un accord sur des questions aussi complexes que des élections locales. Qui ne sont pas des élections qui concernent seulement la vie politique. Mais qui enclenchent des dynamiques internes dans la société. Puisque les communautés rurales, les communes, les régions suscitent en même temps des types de relations que les gens entretiennent entre eux dans le terroir. Et qui convoquent leur passé aussi proche que lointain ; lhistoire des collectivités locales, celle des relations humaines sur ce territoire. Ce sont des problèmes culturels très complexes quil faut gérer. Les gens veulent être sur des listes. Non pas seulement pour des ambitions politiques, dans le sens étroit du terme. Ils veulent être sur les listes pour que tel ne saccapare pas des terres de leurs ancêtres. Ça suscite beaucoup de problèmes. Et donc, ce que nous avons réussi est une prouesse. Les négociations sont en cours. Samedi, nous avons eu une très longue réunion de « Benno Siggil Sénégal » où nous avons recensé les cas qui restent à être réglés. Nous avons, à partir de ces cas, donné des directives pour que les organisations concernées saisissent leurs éléments à la base et que des accords soient signés pendant le week-end. Le travail est en train dêtre fait. Dici lundi soir, tout sera réglé. Je ne peux pas dire que dans 100% des cas, tout sera réglé. Mais jespère au moins que dans 80 à 90% des cas, ce sera le cas. Ce qui est quand même extrêmement important. Ce que nous avons retenu, cest que ces élections locales doivent être loccasion dun référendum contre le régime de Me Abdoulaye Wade. Non, jinsiste, on ne peut pas dire vraiment quil y a des risques dimplosion. Il se peut quici et là des accords ne soient pas scellés. Mais, dans lécrasante majorité des cas, ce sera fait. Il y a quand même un mouvement que jai noté. Une volonté daller ensemble. Je pense que pour lessentiel nous arriverons à des accords. Les leaders prennent de la hauteur. Il nest pas pour eux de se mettre en avant. Moi-même, je ne vais pas briguer la mairie de Backel. Ce ne sont pas les personnes qui sont importantes, seule la victoire qui nous intéresse.
Vous dites que ces élections constitueront une sorte de référendum contre le régime de Wade. Vous pouvez être plus clair ?
Ces élections pour nous doivent être un référendum contre le régime de Me Abdoulaye Wade. Cest pourquoi nous avons dit aux militants de mettre de côté leurs petites ambitions. Et de soccuper des grandes ambitions. Qui consistent à remettre le Sénégal à lendroit. Cest-à-dire mettre en échec le plan d Abdoulaye Wade de mettre en coupe réglée ce pays. Abdoulaye Wade est dans une logique de pouvoir personnel. Les élections locales doivent être une occasion de sceller lunité de tous ceux qui veulent mettre fin à ces dérives pour que le pays, à partir de ces élections, puisse sengager résolument dans une nouvelle dynamique pour le faire partir. Ce serait une opération salutaire pour le Sénégal. Et même pour lextérieur. Parce que Abdoulaye Wade est non seulement un danger pour le Sénégal mais un danger pour lextérieur. Regardez la manière cavalière avec laquelle il traite le dossier de la Guinée. Contrairement aux usages diplomatiques. Nous sommes dans des entités sous-régionales, internationales. Il fait fi de tout cela. Il ne se concerte pas avec ses collègues chefs dEtat dans les institutions sous-régionales, dans les institutions internationales pour arriver à des positions communes. Aujourdhui, cest comme si le Sénégal était un bateau à la dérive. Il faut y mettre fin. Partout où je vais en Afrique, les gens se posent la question de savoir ce qui se passe au Sénégal Le Sénégal est maintenant le dernier de la classe. Le Ghana est devenu un pays démocratique avec deux alternances successives et une commission électorale nationale indépendante. Ici, nous avons la Cena (commission électorale nationale autonome) qui est sous lemprise du ministre de lIntérieur. Cest honteux. Si on compare avec la Ceni du Ghana, de la Sierra Léone, Libéria. Pendant que tout le monde avance à pas de géant, nous reculons gravement.
A part le fait de vous prouver que vous êtes réellement majoritaires comme vous le soutenez, est-ce que vous pensez que cela sert à quelque chose daller à des élections locales si lon sait que le Président de la République a le pouvoir de dissoudre les collectivités et dinstaller des délégations spéciales ?
Cest pourquoi nous disons aux militants de ne pas se faire dillusions sur le sens de ces élections. Elles ne seront pas des élections transparentes. Elles ne seront pas élections libres. Pour moi, ça doit être un exercice pour prouver par la pratique sur le terrain lunité des forces pour mettre fin à ces dérives dune part. Et dautre part, il ne faut pas oublier quaujourdhui en ce qui me concerne, le jour où nous nous débarrasserons du régime de Me Abdoulaye Wade, il faut reprendre tout le système électoral. Remettre tous les compteurs à zéro. Reprendre les élections locales, législatives et la présidentielle sur la base dun nouveau fichier. Sur la base dun nouveau Code électoral et dun nouveau système électoral. Aujourdhui ce que nous devons constater, cest que le découpage qui est fait est absolument sans rapport avec les besoins des populations. Il y a une semaine, il continuait à créer en catimini de nouvelles collectivités locales. Aujourdhui nous sommes à deux jours des dépôts des listes, il y a des localités où les gens ne savent même pas dans quelle collectivité locale ils sont à cause du nouveau découpage. Il y des militants dans les régions de Sédhiou, de Tambacounda et de Kédougou qui ne savent à quelle communauté rurale, ils appartiennent. Ils ont appris, il y a une semaine quil y a un nouveau découpage. Les militants vont voir des sous-préfets qui eux-mêmes ne savent pas si tel village appartient à telle ou telle communauté rurale. Par exemple, la région de Kédougou, est une région artificiellement créée pour mettre la main sur les ressources de cette zone. Aujourdhui le Sénégal est en train de marcher sur la tête. Cest pourquoi je dis que ces élections doivent être un exercice de mobilisation politique pour mettre les troupes en état dalerte et créer les conditions pour déménager ce système qui est là.
Lautre problème majeur soulevé, cest lunité de lopposition. Cela na pas laissé indifférent votre parti qui en a parlé lors de votre congrès. Finalement, est-ce que le premier adversaire de lopposition nest pas elle-même, si lon sait quaussi bien Tanor, Niasse et vous-mêmes, ont des ambitions présidentielles. Et que personne nest dans les dispositions de laisser la place à lautre. Cest un problème quand même.
Non, le problème ne se pose pas ainsi. Cest tout à fait normal dans la vie politique, avec des partis politiques qui ont des trajectoires différentes quil y ait des identités qui sexpriment sur le terrain. Aujourdhui, ce qui est constant, cest que tous ceux qui se réclament dun minimum didéal de progrès, de démocratie, il y a chez eux cette volonté daller ensemble non seulement du point de vue tactique, cest-à-dire faire lunité daction mais il y a cette volonté daller plus loin, cest-à-dire de faire une véritable unité organique sous les formes quil faut étudier. A loccasion de notre sixième Congrès ordinaire, nous avons largement débattu de cette question de lunité de la Gauche. Lunité des forces de progrès, des forces qui se réclament de la solidarité, du socialisme et de la justice sociale. Avec ces forces-là, nous sommes en train dengager des discussions exploratoires. Ce nest pas une question de personne. Nous pouvons nous mettre daccord sur une plate-forme commune et à partir de cette plate-forme nous allons bâtir une nouvelle organisation. Pour nous à la Ld, nous navons aucun fétichisme. Nous ne nous attachons pas à un sigle ou à des personnes. La Ld se bat autour de principes, autour dun idéal. Une fois que nous nous mettrons daccord sur ces principes, sur cet idéal et que ces principes et cet idéal se retrouvent sur une plate-forme et que les modalités organisationnelles sont définies, nous sommes prêts à aller. Et Abdoulaye Bathily nest pas intéressé par un leadership. Absolument pas. Le temps presse. Il nous faut aller vers cela. Parce que le système actuel au Sénégal se dit libéral sans lêtre réellement. Le libéralisme a un contenu économique, politique. Ce régime-là nest pas libéral au plan politique. Il a assassiné les libertés. La liberté de presse. La liberté démocratique et la liberté sur le plan électoral. Il nest pas libéral au plan économique. Il a détruit léconomie nationale. Cest un régime de cleptocratie généralisée. Ils se sont emparés des ressources financières et foncières de notre pays. Ils ont mis en coupe réglée toutes les entreprises. Ils ont mis le pays en faillite. Ce nest pas un régime libéral. Il faut mettre fin à ce système « Adou kalpé ».
Vous décrivez une situation catastrophique, mais à chaque fois que ça bouge du côté du peuple, on ne sent pas lopposition. Récemment avec le mouvement des Imams on ne vous a pas vu sur le terrain, contrairement à Wade qui, dans lopposition, utilisait ces mouvements de masse. On a comme limpression que vous voulez le Pouvoir mais sans vous mouiller le maillot.
La question à mon avis nest pas de profiter doccasions. Le problème des Imams et tous ces groupes qui se lèvent aujourdhui, cest tout à fait normal. En démocratie, les partis politiques ont leur rôle à jouer. Je vois ce problème des Imams comme une manifestation de la montée de la conscience citoyenne dans notre pays. Qui transcendent la dimension politique, laction politique. Les partis concourent à lexpression du suffrage. Et ils peuvent demander les suffrages, quelque soit par ailleurs, le groupe auquel ils appartiennent. Pour moi cest un élément de la vie sociale. Et cest tout à fait normal.
Je suis la vie politique de ce pays depuis au moins 40 ans, il ny a jamais eu autant de revendications. Ce quon voit maintenant on ne la jamais vu au Sénégal. Même avant 1988. Lui (Wade), il prenait des jeunes, il brûlait les pneus. Mais cest tout. Regardez ce mouvement des Assises, il ny a jamais eu de mouvement de cette nature. Que des partis politiques, des syndicats, des organisations de la société civile, personnalités à la retraite se mettent ensemble pour diagnostiquer la situation du pays. Cela ne sest jamais vu. Il y a plusieurs mouvements aujourdhui. A mon avis cest une avancée énorme quil faut saluer. Bien entendu que chacun dans son coin le fait, dans son secteur le fait.
A quoi peut-on sattendre comme impact des Assises nationales ? Est-ce que vous ne craignez pas par ailleurs que tous ces fronts ouverts de gauche et à droite ne créent non pas des convergences mais de la cacophonie. Et le Pouvoir den profiter pour baliser le chemin quil veut ?
Je ne le pense pas. Je pense que le pays va vers une situation qui demande beaucoup de réflexion. Parce quAbdoulaye Wade a mis le pays dans un état tel que tout peut basculer. Je suis davis quil faut assurer les changements qui inévitablement arrivent. Et nous mettre dans une perspective qui nous permet daller dans une situation qualitativement meilleure. Léconomie qui est déjà exsangue doit en prendre un coup plus dur et la société de manière générale. Donc il faut créer des convergences sur des bases positives.
Certains nécartent pas la perspective militaire. Nest-ce exagéré tout cela ?
Cest un aspect qui est aujourdhui une perspective que personne nexclut malheureusement. Parce que si les forces qui veulent une issue positive, une issue organisée qui amène le Sénégal vers une étape qualitativement supérieure, si cette perspective ne saffirme pas, cest la perspective du chaos qui va simposer. Et la perspective du chaos mène vers des forces qui peuvent être tentées de mettre un peu dordre. Et le Sénégal ne peut pas échapper à cette dynamique. Malheureusement, cest ce que je constate.
Il y a aussi une autre perspective, celle dune succession réglée. Il y des acteurs qui sactivent, Idrissa Seck, Karim Wade etc. Vous ne pensez pas que cette perspective est crédible ?
Cest cette perspective qui napportera que le chaos. Parce quil y a des forces qui ne laccepteront jamais.
Elles en ont les moyens ?
Ce nest pas avec de largent quon réussit à enclencher des dynamiques. Cette perspective de se faire succéder par des coups dEtat constitutionnel ou institutionnel apportera le chaos. Il y a des forces qui ne laccepteront jamais. Qui vont sy opposer. Et il y aura un clash.
Et si cela se passe de façon démocratique ?
Cela ne peut pas se passer de façon démocratique.
Si le Pds parvient par exemple à réunir sa famille libérale et se poser comme alternative crédible ?
Cette famille libérale nexiste plus. Le Pds est une force du passé. Comme on dit « dioudou rek bidiaw » (venir au monde avec des cheveux blancs). Plusieurs facteurs sont à lorigine. La transhumance, lanarchie etc. Le Pds ne peut pas être lavenir pour le Sénégal. Cette famille libérale nexiste pas. Le Pds est un Gie (groupement dintérêt économique). Ce nest pas une force politique aujourdhui.
Comment appréciez-vous larrivée de Macky Sall dans votre coalition électorale ?
Les négociations sont en cours. Je ne sais pas jusquoù lon pourra aller. De toutes les façons, tous ceux qui se déclarent objectivement contre Abdoulaye Wade et qui disent quils ont rompu avec Abdoulaye Wade et qui sont dans lopposition, il y a des raisons daller avec ces gens-là. Maintenant ceux qui disent quils sont dans la famille libérale ou le matin, ils sont là-bas, à midi et le soir, ils reviennent, ces gens-là, on ne peut les accepter chez nous.
Vous voulez parler d Idrissa Seck ?
Je nai pas besoin de citer des noms. En tout cas ceux qui disent quils sont dans la famille libérale, nous navons pas besoin de faire une alliance avec eux. Il y en a dautres. Les partis de la Cap 21.
Il y a des rumeurs dun gouvernement dunion nationale qui circulent. Seriez-vous partant pour un tel gouvernement ?
Non ! Jamais avec Abdoulaye Wade. Jamais de gouvernement dunion nationale avec Abdoulaye Wade.
Même si cest pour sauver le pays ?
Non, on ne peut sauver le pays avec celui qui a englouti le pays. On ne peut pas sauver le pays avec celui qui est responsable du naufrage.
Et sil propose un schéma alternatif crédible ?
Non, Abdoulaye Wade ne peut pas présenter de schéma alternatif qui va dans le sens de sauver ce Sénégal. Cest impossible. Il a fait la preuve de quil est capable. Ce quil est capable, cest ce qui est dans ce pays. Les finances publiques sont à genoux. Ce qui arrive au Sénégal est une tragédie. Tous les clignotants sont au rouge. Celui qui est responsable de cela quest-ce quon peut faire avec lui. Cest un véritable cauchemar que nous vivons.
Et le mandat que votre parti vous a donné pour la mise en place dun grand parti de lopposition, est-ce que les contacts ont commencé dans ce sens ?
Nous avons commencé à discuter. Pour le moment avec les échéances électorales, on a mis un peu le bémol. Mais aussitôt après les élections, nous allons reprendre les contacts. Dautant que les élections vont donner loccasion aux partis, aux militants, à la base de travailler ensemble, de mieux se connaître. Et ce sera une bonne base pour approfondir les discussions. Dailleurs une très bonne occasion de faire avancer lidéal unitaire.
(lobservateur.sn)





