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Le Temps de la République

ABDOULAYE BATHILY, SECRETAIRE GENERAL DE LA LD «Une succession réglée apportera le chaos»

Abdoulaye Bathily - SG LDMPT
Abdoulaye Bathily - SG LDMPT
A 24 heures du dépôt des listes pour les élections locales, le Secrétaire général de la Ligue Démocratique (Ld) Abdoulaye Bathily revient sur les enjeux du rendez-vous électoral du 22 Mars 2009. Le chef de file des Jallarbistes évacue tout risque d’implosion de l’opposition non-parlementaire aborde également les querelles de leadership au sein de celle-ci. Bathily qui estime que le temps d’abréger le régime de Wade est arrivé, met en garde sur les dangers qui, selon lui, guettent le Sénégal.

La presse a fait état de division au sein de la coalition « Benno Siggil Sénégal ». Qu’en est-il exactement ?

Je voudrais préciser que dans l’écrasante majorité des cas sur toute l’étendue du territoire, il y a eu des accords. Qui ont été scellés par les partis politiques de « Benno Siggil Sénégal ». Cela est à saluer. Parce que ce n’est pas évident de voir plus d’une trentaine de partis politiques, arriver à un accord sur des questions aussi complexes que des élections locales. Qui ne sont pas des élections qui concernent seulement la vie politique. Mais qui enclenchent des dynamiques internes dans la société. Puisque les communautés rurales, les communes, les régions suscitent en même temps des types de relations que les gens entretiennent entre eux dans le terroir. Et qui convoquent leur passé aussi proche que lointain ; l’histoire des collectivités locales, celle des relations humaines sur ce territoire. Ce sont des problèmes culturels très complexes qu’il faut gérer. Les gens veulent être sur des listes. Non pas seulement pour des ambitions politiques, dans le sens étroit du terme. Ils veulent être sur les listes pour que tel ne s’accapare pas des terres de leurs ancêtres. Ça suscite beaucoup de problèmes. Et donc, ce que nous avons réussi est une prouesse. Les négociations sont en cours. Samedi, nous avons eu une très longue réunion de « Benno Siggil Sénégal » où nous avons recensé les cas qui restent à être réglés. Nous avons, à partir de ces cas, donné des directives pour que les organisations concernées saisissent leurs éléments à la base et que des accords soient signés pendant le week-end. Le travail est en train d’être fait. D’ici lundi soir, tout sera réglé. Je ne peux pas dire que dans 100% des cas, tout sera réglé. Mais j’espère au moins que dans 80 à 90% des cas, ce sera le cas. Ce qui est quand même extrêmement important. Ce que nous avons retenu, c’est que ces élections locales doivent être l’occasion d’un référendum contre le régime de Me Abdoulaye Wade. Non, j’insiste, on ne peut pas dire vraiment qu’il y a des risques d’implosion. Il se peut qu’ici et là des accords ne soient pas scellés. Mais, dans l’écrasante majorité des cas, ce sera fait. Il y a quand même un mouvement que j’ai noté. Une volonté d’aller ensemble. Je pense que pour l’essentiel nous arriverons à des accords. Les leaders prennent de la hauteur. Il n’est pas pour eux de se mettre en avant. Moi-même, je ne vais pas briguer la mairie de Backel. Ce ne sont pas les personnes qui sont importantes, seule la victoire qui nous intéresse.

Vous dites que ces élections constitueront une sorte de référendum contre le régime de Wade. Vous pouvez être plus clair ?

Ces élections pour nous doivent être un référendum contre le régime de Me Abdoulaye Wade. C’est pourquoi nous avons dit aux militants de mettre de côté leurs petites ambitions. Et de s’occuper des grandes ambitions. Qui consistent à remettre le Sénégal à l’endroit. C’est-à-dire mettre en échec le plan d’ Abdoulaye Wade de mettre en coupe réglée ce pays. Abdoulaye Wade est dans une logique de pouvoir personnel. Les élections locales doivent être une occasion de sceller l’unité de tous ceux qui veulent mettre fin à ces dérives pour que le pays, à partir de ces élections, puisse s’engager résolument dans une nouvelle dynamique pour le faire partir. Ce serait une opération salutaire pour le Sénégal. Et même pour l’extérieur. Parce que Abdoulaye Wade est non seulement un danger pour le Sénégal mais un danger pour l’extérieur. Regardez la manière cavalière avec laquelle il traite le dossier de la Guinée. Contrairement aux usages diplomatiques. Nous sommes dans des entités sous-régionales, internationales. Il fait fi de tout cela. Il ne se concerte pas avec ses collègues chefs d’Etat dans les institutions sous-régionales, dans les institutions internationales pour arriver à des positions communes. Aujourd’hui, c’est comme si le Sénégal était un bateau à la dérive. Il faut y mettre fin. Partout où je vais en Afrique, les gens se posent la question de savoir ce qui se passe au Sénégal… Le Sénégal est maintenant le dernier de la classe. Le Ghana est devenu un pays démocratique avec deux alternances successives et une commission électorale nationale indépendante. Ici, nous avons la Cena (commission électorale nationale autonome) qui est sous l’emprise du ministre de l’Intérieur. C’est honteux. Si on compare avec la Ceni du Ghana, de la Sierra Léone, Libéria. Pendant que tout le monde avance à pas de géant, nous reculons gravement.

A part le fait de vous prouver que vous êtes réellement majoritaires comme vous le soutenez, est-ce que vous pensez que cela sert à quelque chose d’aller à des élections locales si l’on sait que le Président de la République a le pouvoir de dissoudre les collectivités et d’installer des délégations spéciales ?

C’est pourquoi nous disons aux militants de ne pas se faire d’illusions sur le sens de ces élections. Elles ne seront pas des élections transparentes. Elles ne seront pas élections libres. Pour moi, ça doit être un exercice pour prouver par la pratique sur le terrain l’unité des forces pour mettre fin à ces dérives d’une part. Et d’autre part, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui en ce qui me concerne, le jour où nous nous débarrasserons du régime de Me Abdoulaye Wade, il faut reprendre tout le système électoral. Remettre tous les compteurs à zéro. Reprendre les élections locales, législatives et la présidentielle sur la base d’un nouveau fichier. Sur la base d’un nouveau Code électoral et d’un nouveau système électoral. Aujourd’hui ce que nous devons constater, c’est que le découpage qui est fait est absolument sans rapport avec les besoins des populations. Il y a une semaine, il continuait à créer en catimini de nouvelles collectivités locales. Aujourd’hui nous sommes à deux jours des dépôts des listes, il y a des localités où les gens ne savent même pas dans quelle collectivité locale ils sont à cause du nouveau découpage. Il y des militants dans les régions de Sédhiou, de Tambacounda et de Kédougou qui ne savent à quelle communauté rurale, ils appartiennent. Ils ont appris, il y a une semaine qu’il y a un nouveau découpage. Les militants vont voir des sous-préfets qui eux-mêmes ne savent pas si tel village appartient à telle ou telle communauté rurale. Par exemple, la région de Kédougou, est une région artificiellement créée pour mettre la main sur les ressources de cette zone. Aujourd’hui le Sénégal est en train de marcher sur la tête. C’est pourquoi je dis que ces élections doivent être un exercice de mobilisation politique pour mettre les troupes en état d’alerte et créer les conditions pour déménager ce système qui est là.

L’autre problème majeur soulevé, c’est l’unité de l’opposition. Cela n’a pas laissé indifférent votre parti qui en a parlé lors de votre congrès. Finalement, est-ce que le premier adversaire de l’opposition n’est pas elle-même, si l’on sait qu’aussi bien Tanor, Niasse et vous-mêmes, ont des ambitions présidentielles. Et que personne n’est dans les dispositions de laisser la place à l’autre. C’est un problème quand même.

Non, le problème ne se pose pas ainsi. C’est tout à fait normal dans la vie politique, avec des partis politiques qui ont des trajectoires différentes qu’il y ait des identités qui s’expriment sur le terrain. Aujourd’hui, ce qui est constant, c’est que tous ceux qui se réclament d’un minimum d’idéal de progrès, de démocratie, il y a chez eux cette volonté d’aller ensemble non seulement du point de vue tactique, c’est-à-dire faire l’unité d’action mais il y a cette volonté d’aller plus loin, c’est-à-dire de faire une véritable unité organique sous les formes qu’il faut étudier. A l’occasion de notre sixième Congrès ordinaire, nous avons largement débattu de cette question de l’unité de la Gauche. L’unité des forces de progrès, des forces qui se réclament de la solidarité, du socialisme et de la justice sociale. Avec ces forces-là, nous sommes en train d’engager des discussions exploratoires. Ce n’est pas une question de personne. Nous pouvons nous mettre d’accord sur une plate-forme commune et à partir de cette plate-forme nous allons bâtir une nouvelle organisation. Pour nous à la Ld, nous n’avons aucun fétichisme. Nous ne nous attachons pas à un sigle ou à des personnes. La Ld se bat autour de principes, autour d’un idéal. Une fois que nous nous mettrons d’accord sur ces principes, sur cet idéal et que ces principes et cet idéal se retrouvent sur une plate-forme et que les modalités organisationnelles sont définies, nous sommes prêts à aller. Et Abdoulaye Bathily n’est pas intéressé par un leadership. Absolument pas. Le temps presse. Il nous faut aller vers cela. Parce que le système actuel au Sénégal se dit libéral sans l’être réellement. Le libéralisme a un contenu économique, politique. Ce régime-là n’est pas libéral au plan politique. Il a assassiné les libertés. La liberté de presse. La liberté démocratique et la liberté sur le plan électoral. Il n’est pas libéral au plan économique. Il a détruit l’économie nationale. C’est un régime de cleptocratie généralisée. Ils se sont emparés des ressources financières et foncières de notre pays. Ils ont mis en coupe réglée toutes les entreprises. Ils ont mis le pays en faillite. Ce n’est pas un régime libéral. Il faut mettre fin à ce système « Adou kalpé ».

Vous décrivez une situation catastrophique, mais à chaque fois que ça bouge du côté du peuple, on ne sent pas l’opposition. Récemment avec le mouvement des Imams on ne vous a pas vu sur le terrain, contrairement à Wade qui, dans l’opposition, utilisait ces mouvements de masse. On a comme l’impression que vous voulez le Pouvoir mais sans vous mouiller le maillot.

La question à mon avis n’est pas de profiter d’occasions. Le problème des Imams et tous ces groupes qui se lèvent aujourd’hui, c’est tout à fait normal. En démocratie, les partis politiques ont leur rôle à jouer. Je vois ce problème des Imams comme une manifestation de la montée de la conscience citoyenne dans notre pays. Qui transcendent la dimension politique, l’action politique. Les partis concourent à l’expression du suffrage. Et ils peuvent demander les suffrages, quelque soit par ailleurs, le groupe auquel ils appartiennent. Pour moi c’est un élément de la vie sociale. Et c’est tout à fait normal.

Je suis la vie politique de ce pays depuis au moins 40 ans, il n’y a jamais eu autant de revendications. Ce qu’on voit maintenant on ne l’a jamais vu au Sénégal. Même avant 1988. Lui (Wade), il prenait des jeunes, il brûlait les pneus. Mais c’est tout. Regardez ce mouvement des Assises, il n’y a jamais eu de mouvement de cette nature. Que des partis politiques, des syndicats, des organisations de la société civile, personnalités à la retraite se mettent ensemble pour diagnostiquer la situation du pays. Cela ne s’est jamais vu. Il y a plusieurs mouvements aujourd’hui. A mon avis c’est une avancée énorme qu’il faut saluer. Bien entendu que chacun dans son coin le fait, dans son secteur le fait.

A quoi peut-on s’attendre comme impact des Assises nationales ? Est-ce que vous ne craignez pas par ailleurs que tous ces fronts ouverts de gauche et à droite ne créent non pas des convergences mais de la cacophonie. Et le Pouvoir d’en profiter pour baliser le chemin qu’il veut ?

Je ne le pense pas. Je pense que le pays va vers une situation qui demande beaucoup de réflexion. Parce qu’Abdoulaye Wade a mis le pays dans un état tel que tout peut basculer. Je suis d’avis qu’il faut assurer les changements qui inévitablement arrivent. Et nous mettre dans une perspective qui nous permet d’aller dans une situation qualitativement meilleure. L’économie qui est déjà exsangue doit en prendre un coup plus dur et la société de manière générale. Donc il faut créer des convergences sur des bases positives.

Certains n’écartent pas la perspective militaire. N’est-ce exagéré tout cela ?

C’est un aspect qui est aujourd’hui une perspective que personne n’exclut malheureusement. Parce que si les forces qui veulent une issue positive, une issue organisée qui amène le Sénégal vers une étape qualitativement supérieure, si cette perspective ne s’affirme pas, c’est la perspective du chaos qui va s’imposer. Et la perspective du chaos mène vers des forces qui peuvent être tentées de mettre un peu d’ordre. Et le Sénégal ne peut pas échapper à cette dynamique. Malheureusement, c’est ce que je constate.

Il y a aussi une autre perspective, celle d’une succession réglée. Il y des acteurs qui s’activent, Idrissa Seck, Karim Wade etc. Vous ne pensez pas que cette perspective est crédible ?

C’est cette perspective qui n’apportera que le chaos. Parce qu’il y a des forces qui ne l’accepteront jamais.

Elles en ont les moyens ?

Ce n’est pas avec de l’argent qu’on réussit à enclencher des dynamiques. Cette perspective de se faire succéder par des coups d’Etat constitutionnel ou institutionnel apportera le chaos. Il y a des forces qui ne l’accepteront jamais. Qui vont s’y opposer. Et il y aura un clash.

Et si cela se passe de façon démocratique ?

Cela ne peut pas se passer de façon démocratique.

Si le Pds parvient par exemple à réunir sa famille libérale et se poser comme alternative crédible ?

Cette famille libérale n’existe plus. Le Pds est une force du passé. Comme on dit « dioudou rek bidiaw » (venir au monde avec des cheveux blancs). Plusieurs facteurs sont à l’origine. La transhumance, l’anarchie etc. Le Pds ne peut pas être l’avenir pour le Sénégal. Cette famille libérale n’existe pas. Le Pds est un Gie (groupement d’intérêt économique). Ce n’est pas une force politique aujourd’hui.

Comment appréciez-vous l’arrivée de Macky Sall dans votre coalition électorale ?

Les négociations sont en cours. Je ne sais pas jusqu’où l’on pourra aller. De toutes les façons, tous ceux qui se déclarent objectivement contre Abdoulaye Wade et qui disent qu’ils ont rompu avec Abdoulaye Wade et qui sont dans l’opposition, il y a des raisons d’aller avec ces gens-là. Maintenant ceux qui disent qu’ils sont dans la famille libérale ou le matin, ils sont là-bas, à midi et le soir, ils reviennent, ces gens-là, on ne peut les accepter chez nous.

Vous voulez parler d’ Idrissa Seck ?

Je n’ai pas besoin de citer des noms. En tout cas ceux qui disent qu’ils sont dans la famille libérale, nous n’avons pas besoin de faire une alliance avec eux. Il y en a d’autres. Les partis de la Cap 21.

Il y a des rumeurs d’un gouvernement d’union nationale qui circulent. Seriez-vous partant pour un tel gouvernement ?

Non ! Jamais avec Abdoulaye Wade. Jamais de gouvernement d’union nationale avec Abdoulaye Wade.

Même si c’est pour sauver le pays ?

Non, on ne peut sauver le pays avec celui qui a englouti le pays. On ne peut pas sauver le pays avec celui qui est responsable du naufrage.

Et s’il propose un schéma alternatif crédible ?

Non, Abdoulaye Wade ne peut pas présenter de schéma alternatif qui va dans le sens de sauver ce Sénégal. C’est impossible. Il a fait la preuve de qu’il est capable. Ce qu’il est capable, c’est ce qui est dans ce pays. Les finances publiques sont à genoux. Ce qui arrive au Sénégal est une tragédie. Tous les clignotants sont au rouge. Celui qui est responsable de cela qu’est-ce qu’on peut faire avec lui. C’est un véritable cauchemar que nous vivons.

Et le mandat que votre parti vous a donné pour la mise en place d’un grand parti de l’opposition, est-ce que les contacts ont commencé dans ce sens ?

Nous avons commencé à discuter. Pour le moment avec les échéances électorales, on a mis un peu le bémol. Mais aussitôt après les élections, nous allons reprendre les contacts. D’autant que les élections vont donner l’occasion aux partis, aux militants, à la base de travailler ensemble, de mieux se connaître. Et ce sera une bonne base pour approfondir les discussions. D’ailleurs une très bonne occasion de faire avancer l’idéal unitaire.

(lobservateur.sn)

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